Ma rencontre avec Do, je la dois à la nicotine. C'est grâce à une cigarette que tout à démarré. C'est un dimanche que nos chemins se sont croisés pour la première fois, je revenais d'un weekend forcé à Schwerin. Ma mère fêtait son anniversaire, pour l'occasion, j'ai accepté à contre c½ur de rentrer à la maison. Ce séjour c'était relativement bien déroulé, il fut légèrement entaché par l'animosité qui m'animait à l'égare de mon beau-père. Nos relations avaient avaient toujours étaient compliquées, passer plus d'une journée sans affronter était un exploit. C'était comme ça depuis le début, aucun étions deux mâles dominant qui essayaient de prendre le pas sur l'autre sans y parvenir. Ce weekend n'avait pas dérogé à la règle, j'avais réussi à me contenir, à faire fit des habituelles provocation de mon beau-père jusqu'à ce qu'il s'attaque à mon avenir de guitariste. Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase, à fois c'était pareille, la musique, c'était mon point sensible, il le savait. J'explosai et tentai de lui faire comprendre une énième fois que je mènerai comme je l'entendrai et pas autrement. Après cette altercation, passer vingt quatre heures de plus sous le même toi que cet homme devint impossible. Pour ne pas faire de peine à ma mère, je prétextai devoir remplacer un ami sur scène. C'était totalement faux, la seule chose qui m'attendait à Berlin, c'était mon minuscule appartement. Elle insista longuement pour que je reste mais en vain. Je pris le dernier train pour Berlin, les wagons étaient vide. L'idée de voyager seul me ravi, je n'avais envie de voir personne. Mes nerfs étaient encore à vif, une simple broutille aurait suffit à réveiller la rage qu'avait suscité les propos de mon beau-père. Je sentais encore la colère bouillir dans me ventre. Il faisait nuit noir lorsque le train est arrivé en gare de Berlin. Une fois le soleil, cette ville comme toute les grandes vides était envahie par les dealers, criminels et autres personnes mal intentionnées. J'avais l'habitude de sortir la nuit, je savais que durant les dix minutes qui séparait la gare de mon immeuble il me faudrait faire preuve de prudence.
" Surtout, la nuit t'arrêtes jamais de marcher, c'est la meilleure façon de se faire choper " c'est le premier conseil que Till m'avait donné lorsque j'étais arrivé de Schwerin. Personnellement, il ne m'étais jamais rien arrivé, toutefois, la page fait divers des quotidiens Berlinois était rempli d'agressions nocturnes. Je traversai la salle des pas perdus à vive allure, je n'eus même pas le temps d'apercevoir la vieille dame qui y trainait, elle n'avait plus tout de sa tête et était persuadée d'être dans son salon, de temps à autres, elle frappait les passant avec son sac en les traitants de malotrus ou de voleurs. Cette vieille dame me faisait penser à ma grand-mère paternel qui elle aussi perdais la carte au point de ne plus reconnaitre personne. La plupart des gens la montraient du doigt en rigolant, chaque fois que je la voyais, la peine m'envahissait et je me disais que vieillir était la pire des choses au monde. Alors que j'arrivai dans le hall d'entrée, une voix rugueuse m'interpella. Je voulus accélérer la cadence mais une main agrippa avec force mon bras, je fus contrains de m'arrêter, je me retournai lentement. Je fus surpris de tomber nez à nez avec une femme, elle avait de court cheveux blonds platines tout emmêlés, le bord de ses yeux étaient barbouillés de noir. Elle toussa.
" T'aurais pas une clope ? " Ses cornées rougis et le vieux parqua au col troué qui mettait sa maigreur en valeur me firent pitié, je sortis mon paquet de cigarette de la poche de mon blouson et l'ouvris, il n'en restait plus qu'une. Je lui tendis.
" Je te revaudrai ça " dit-elle de sa voix cassée. Je lui souris. Sans même un merci, elle était allé s'assoir contre une colonne. Les couvertures qui étaient disposées autour d'elle me les lancèrent penser que c'est là qu'elle passerait la nuit, je restai encore quelques secondes à l'observer puis me remis en route. J'ignorais que cette malheureuse dernière cigarette sacrifiée à une sdf allait être le point de départ de la relation amoureuse la plus intense de ma vie.
Deux jours plus tard, dans un de ces cafés clandestins où groupe les groupes aux paroles engagées se produisaient. Hélas, ma mémoire me fait défaut, je ne parviens pas à me souvenir du nom de ce café et du groupe qui était sur scène ce soir là. Till et moi étions dans le public, je crois que ce dernier connaissait vaguement le bassiste du groupe. La salle de concert improvisée était pleine à craquer, nous étions tous entassé les un sur les autres, serré comme des sardines. Il faisait une chaleur étouffante, respirer était devenu difficile. La foule me terrorise depuis toujours, je sentais l'angoisse prendre le pas quand Till qui lui aussi souffrait d'une légère agoraphobie me proposa de sortir fumer une cigarette, il n'eut pas à me le dire deux fois, je lui emboitai le pas. Nous extirper de la marée humaine de laquelle nous étions prisonniers ne fut pas une mince affaire, voyant que je m'en sortais pas, Till décida de prendre les choses en main pensant que sa carrure imposante lui faciliterait la tâche. Ce ne fus pas le cas, dix longues minutes nous furent nécessaire pour atteindre la sortie, une fois dehors, je poussai un ouf de soulagement. Till s'adossa contre le mur, sortit un paquet de cigarette et m'en offrit une. Nous fumions en regardant passer les gens surtout les jolies, c'était à l'époque notre passe temps favoris. Nous pouvions y passer des journées entières. A l'intérieur, ça chauffait aussi bien sur scène que dans le public, plusieurs bagarres éclatèrent. Le patron fit sortir les éléments perturbateurs et ordonna qu'on baisse le son, une plainte dans le voisinage aurait été un véritable drame pour cet homme. Si ces messieurs de la police venait à lui rendre visite, il aurait fini en taule et pourrait dire définitivement adieu à son établissement. En RDA, on ne plaisantait pas avec la loi. Un bon nombre de personnes assistaient à ces concerts plus pour le côté je brave l'interdis que pour la musique en elle même qui il faut bien le dire n'était pas d'une très bonne qualité.
" Si j'avais su qu'il y aurait autant de monde, je serai pas venu " grommela Till. Il disait ça à chaque fois et pourtant, il continuait à sortir.
" Ça m'aurait épargné une engueulade " ajouta mon vielle ami. Il était encore marié, c'était son premier mariage et pas le plus réussi. Les premiers mois avaient été idyllique, Marie Louise a vue le jour, leur relation s'est lentement dégradée, ce qui est malheureusement courant. Les tentions étaient omniprésentes, afin d'éviter les conflits. Till commença à sortir le soir le weekend uniquement, puis le lundi, le mardi et pour finir tous les jours de la semaine. Tout à coup, parmi les passants, je crus reconnaitre un visage qui ne m'était pas inconnu. La sdf. Elle entra dans le café, je ne la lâchai pas du regard. Till m'interpela à ce sujet :
" Bah et alors ? T'en as repérée une ? " Je lui répondus non par un mouvement de la tête.
" Non, c'est cette chanson, elle me dit quelque chose. T'as pas envie de t'en jeter un petit ? " Il soupira profondément.
" Là dedans ? Plutôt crever ! Il se fait tard, je vais rentrer " Je lui souris par dépit.
" Vas y, je vais rester encore peu. Fais gaffe à toi ! " Till me salua de la main d'un geste de la main, je le regardai s'éloigner pendant quelques secondes puis je rentrai à nouveau dans le café. Comme pour sortir, j'eus un mal de chien à me frayer un chemin parmi toutes ces personnes qui ne pensaient qu'à danser et à chanter. Pour atteindre le bar, il me fallut près de quinze minutes. Je commandai une vodka, le barman était débordé, il avait accumulé le retard, il me fallut prendre mon mal en patience avant de pouvoir me désaltérer. En me retournant afin de voir ce qu'il se passait sur scène, j'aperçus la sdf hilare au milieu d'une troupe de punk, cette fille était entourée de personnes qui lui ressemblaient, même habits, mêmes coiffures, ils avaient tous l'air si négligé.
" Votre vodka " la voix du barman me sortit de mes pensées, je décolla mon regard de cette sdf et lui tournai le dos. J'avalai une gorgée, le liquide me brûla la gorge. Alors que j'étais sur le point d'avaler une autre gorgée d'alcool, des mains se posèrent sur mes hanches, je jetai un coup d'oeil par dessus mon épaule et je vis une tignasse blonde, ces mains appartenait à la sdf. Elle se décala légèrement sur la droite, je pivotai de trente degrés. Elle plongea sa main dans la poche de son pantalon, quelques jurons plus tard, elle en sortit une cigarette et l'agita devant mon nez non sans un certaine fierté.
" Je t'avais dit que je te revaudrais ça ! Chose promise chose due " déclara-t-elle avec un malicieux qui illuminait son visage.
" C'est bon, garde là ! " Ces yeux amusés s'assombrirent, ses sourcils se froncèrent. En refusant cette foutue cigarette, je l'avais offensé sans le vouloir.
" Ne me vouvoies pas, j'ai horreur des vous et des règles de politesse à la con " s'écria-t-elle. Je trempai mes lèvres dans mon verre, elle me tendit à nouveau la cigarette.
" Je rends à César ce qui appartient à César " son entêtement me paru bizarre, je me foutais de cette clope.
" Je ne m'appelle pas César " mon humour la laissa de marbre, ses yeux me foudroyèrent. Sa main gauche agrippa la mienne, elle y déposa la cigarette.
" Que tu t'appelles Paul, Pierre ou Jack, j'en ai rien à foutre " Ceci dit, elle tourna les talons avant de comprendre ce que j'étais entrain de faire, je lui saisissait le bras.
" Quoi ! " aboya-t-elle.
" Zven, c'est mon prénom " les expressions de sont visages se radoucirent, un sourire se dessina sur ses lèvres.
" Moi, c'est Do ! " sa voix se fit moins agressive. Je retira ma main et lui rendis son bras, Do m'adressa un clin d'oeil puis me délaissa pour mieux allé rejoindre ses amis.
Plus tard dans la soirée, après avoir bu trois ou quatre verres, je décidai qu'il était temps de rentrer. Sur le chemin de retour, le besoin de nicotine se fit ressentir, je repensai immédiatement à la clope que Do m'avait si violemment rendu. Je la sortis de ma poche, le briquet dans une main, la fameuse cigarette dans l'autre, je contempla longuement cette dernière, j'hésitai à l'allumer. Le manque l'emporta. J'ai souvent regretté de l'avoir grillé, ce n'était pas une sèche comme les autres. Do roulait ses cigarettes tandis que moi, j'achetais des paquets tout droit venu des états-unis au marché noir. Son tabac était tellement plus dur, chaque bouffées vous faisaient l'effet d'une gorgée d'un alcool distillé maison. Quand j'y repense, cette cigarette était un avant gout de ce que serait ma relation avec cette femme au caractère bien trempé, brute, unique, surprenante, épuisante, douloureuse et parfois si délicieuse. Tout était si paradoxale entre nous, c'est qui a eu raison de nous. Et pourtant, tout portait à croire que c'était elle était mon âme s½ur à commencer par le destin qui s'acharnait inlassablement à la remettre sur ma route.
_____________________________________________________________________________________________________ Grand merci à mademoiselle Amber pour m'avoir généreusement fait don de cette sublime photographie. Si l'idée de me piquer mes photos et que je m'en aperçois, sache que tu devras faire face à mon courroux et mon mépris._____________________________________________________________________________________________________